Christophe Eugène Martin
Accueil / Systèmes visuels / Prototypes / Formation
Illustrations • Avant l'IA
Christophe Eugène Martin
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EN 2009, J'AI UTILISÉ LA RECONNAISSANCE FACIALE POUR TRANSFORMER DES MILLIONS DE VISITEURS EN PERSONNAGES DISNEY — 15 ANS AVANT LES FILTRES IA
Client : Disneyland Paris • Agence : Marcel (Publicis Groupe) • Rôle : Directeur de création • Période : 2008–2010 • Secteur : Divertissement, expérience digitale
Février 2009. La crise financière frappe le tourisme européen de plein fouet. La Livre Sterling s'effondre face à l'Euro, rendant les séjours inabordables pour les familles britanniques — le premier marché international de Disneyland Paris. Le parc doit maintenir sa fréquentation sans pouvoir compter sur l'élan d'une célébration historique : le 15e anniversaire est terminé depuis un an.
La question posée à la direction de création de Marcel est simple dans sa formulation, complexe dans son exécution : comment donner envie de venir dans un parc physique à travers un écran ?
L'idée
Plutôt que de concevoir un énième mini-site promotionnel, nous avons fait un choix radical : transformer chaque visiteur en personnage Disney.
Le Toonificator était un dispositif en ligne qui permettait à l'utilisateur de créer son propre avatar dans le style graphique Disney. Deux méthodes coexistaient. La première, manuelle : un système de menus déroulants offrant des centaines de combinaisons de coiffures, formes de visages, couleurs et accessoires, incluant des costumes Disney spécifiques pour renforcer le lien affectif avec le parc. La seconde, automatique : l'utilisateur uploadait une photo de son visage, et un algorithme analysait ses traits pour générer une version "toonifiée" de lui-même.
Cette deuxième fonctionnalité était, en 2009, profondément avant-gardiste. Nous utilisions de la reconnaissance faciale et de la génération automatique d'images à partir de données réelles — ce que l'on appellerait aujourd'hui du machine learning appliqué à la création visuelle. À l'époque, ça n'avait pas de nom. C'était simplement la meilleure idée créative pour résoudre le brief.
L'architecture créative
Le site mickeymagicalyear.com a été conçu comme une rupture avec tout ce que Disneyland Paris avait produit en ligne jusque-là. Les mini-sites Flash précédents étaient confinés dans des cadres fixes au centre de la page. Nous avons imposé une expérience plein écran, liquide.
La palette chromatique s'est portée sur un ciel crépusculaire violet et argent, en rupture délibérée avec le bleu diurne des campagnes précédentes. Ce choix signalait l'aspect exceptionnel et festif de la saison "La Fête Magique de Mickey".
L'avatar créé ne restait pas statique. Il devenait le personnage d'un monde virtuel panoramique navigable au clavier, composé des monuments emblématiques du parc. 5 mini-jeux interactifs rythmaient l'exploration, chacun conçu pour promouvoir un événement ou une attraction spécifique de la saison 2009.
Le support multilingue couvrait les 5 marchés clés européens : France, UK, Espagne, Italie, Allemagne.
Les résultats chiffrés
Des millions d'avatars créés sur l'ensemble de la période
Durée moyenne de session dépassant largement les standards du web de l'époque
Taux de complétion élevé des mini-jeux, grâce à une simplicité stratégique ciblant un public familial
Ce que cette campagne m'a appris
L'opération Toonificator s'est achevée avec la fin de la saison en 2010, mais elle a marqué la fin de l'ère du Flash "spectacle" pour Disneyland Paris. Les concepts que nous avions introduits — la personnalisation par reconnaissance faciale, la gamification de l'offre commerciale, l'avatar comme vecteur d'engagement — ont préfiguré les développements ultérieurs de Disney, notamment les applications de type "My Disney Experience".
Le Toonificator a démontré trois choses que je n'ai comprises pleinement que des années plus tard. D'abord, que permettre à l'utilisateur de se projeter physiquement dans une marque augmente considérablement la mémorisation du message. Ensuite, que les offres commerciales les plus agressives (40% de remise UK) sont mieux acceptées lorsqu'elles s'intègrent dans un flux de divertissement. Enfin, que l'immersion UX transforme la perception d'un site web — d'un outil utilitaire à une véritable attraction numérique.
Pour mon parcours, cette campagne marque un point d'inflexion invisible à l'époque. En 2009, j'ai conçu un système qui utilise la détection faciale pour générer automatiquement des images personnalisées. Depuis 2023, je conçois des systèmes qui utilisent l'IA générative pour créer des univers visuels entiers. La technologie a changé d'échelle. L'intuition créative — utiliser la machine pour étendre le récit visuel — est restée exactement la même.
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